Voyage au bout de la nuit, Céline

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Voyage au bout de la nuit, Céline

Message  usdina le Lun 19 Sep - 14:19

Premier post du blog, je me dis que ça peut porter bonheur d'y mettre un dossier sur mon auteur préféré. Ce travail est de moi, et traite de mon analyse du voyage au bout de la nuit, rien de très original, plein d'imperfections (n'hésitez pas à corriger) simplement il peut y avoir des pistes de réflexions comme tout travail. N'hésitez pas à poster vos propres études, documents sur Céline et ses oeuvres dans ce poste. (je n'ai pas retranscris parfaitement ma seconde partie, préférant résumer chaque point, sinon le devoir serait vraiment très loin. S'il y a des points où vous voulez plus d'exemples, d'argumentation, ou si ce que je dis parait pas clair ou faux, dites le moi)


"Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination. Tout le reste n'est que déceptions et fatigues." Céline.



Vocabulaire :

Moraliste : Penseur ou écrivain qui étudie les moeurs, réfléchit sur les conduites ou sur la psychologie des hommes, s'interroge sur la nature humaine. Montaigne, Pascal, La Bruyère ou Vauvenargues sont d'importants moralistes. On notera la différence entre les mots moraliste et moralisateur. Le moralisateur fait la morale, veut édifier ou condamner. Le moraliste lui réfléchit en profondeur sur les conduites humaines et sur leurs règles apparentes ou cachées. Cela dit, les moralistes ne se contentent pas d'écrire pour le simple plaisir de frapper des formules : ils ont pour la plupart le désir de conduire ses lecteurs à une certaine sagesse, à une méditation sur soi même, à un regard critique sur "les folies humaines". [ Le dictionnaire portatif du bachelier, Hatier, Bruno Hongres]

Pamphlet: [N.M] mot d'origine anglaise qui signifie brochure. Ecrit satirique en général, court et violent, qui peut attaquer une personne connue, une institution, le gouvernement lui même, une religion, un mouvement intellectuel etc. Synonymes : diatribe, Libelle, Satire.



Bibliographie :

Céline Vivant. Dvd
Le Voyage au bout de la Nuit. Céline
Bagatelle pour un massacre. Céline
Dictionnaire portatif du bachelier. Hatier.
Céline Voyage au bout de la Nuit Pistes de lecture, Folio
Cours sur « Le voyage au bout de la nuit » premier semestre avec Mme Suzanne Munsch
Wikipédia
Site internet : Evene, citations





Résumé du roman (alalettre.com)

Paris, place de Clichy, 1914. Envoûté par la musique d'une parade militaire, Ferdinand Bardamu, jeune rebelle, décide, par excès d'héroïsme, de s'engager dans la guerre contre les Allemands. Mais au front, c'est l'enfer et l'absurdité. Il perd vite son enthousiasme et découvre avec épouvante les horreurs de la guerre. Il ne comprend plus pourquoi il doit tirer sur les Allemands. Il prend aussi conscience de sa propre lâcheté.

On lui confie une mission de reconnaissance. Lors d'une nuit d'errance, il rencontre un réserviste nommé Robinson qui cherche à déserter. Ils envisagent de s'enfuir, mais leur tentative échoue. Blessé, traumatisé à jamais par la guerre, Bardamu revient à Paris pour être soigné. On lui remet une médaille militaire. Lors de cette cérémonie, il fait la connaissance de Lola, une jeune et jolie infirmière américaine. Bardamu est soigné dans différents hôpitaux. Il prend conscience des avantages et profits que tirent de la guerre tous ceux qui y ont échappé.

Lola, compagne futile et légère, le quitte. Il rencontre alors Musyne, une jeune violoniste. Ils ont une aventure, mais, un jour de bombardement, elle l'abandonne.

Réformé, Bardamu décide de partir pour l'Afrique. Il y découvre les horreurs de l'exploitation coloniale. Il retrouve Robinson, rencontré sur les champs de bataille, et lui succède en reprenant la gérance d'un comptoir commercial. Il tombe malade et connaît des crises de délire.

Il quitte l'Afrique à demi-mort à bord d'un bâtiment espagnol qui a tout d'une galère. Ce bateau l'emmène jusqu'à New-York . Dès son arrivée, il est placé en quarantaine . Dans cette ville à laquelle, il a tant rêvé, il ne connaît que solitude et pauvreté. Il part à Détroit pour y travailler. Il rencontre Molly, une prostituée généreuse qui le délivre de l'enfer de l'usine Ford . Molly aime Bardamu , l'entretient et lui propose de partager son bonheur. Mais son désir d'explorer plus avant l'existence le pousse à renoncer à cette femme généreuse. Il quitte les Etats-Unis et revient à Paris. Il rentre le cœur gonflé et meurtri par toutes ces expériences.

Devenu médecin , mais menant une existence toujours aussi misérable, il s'installe à Rancy, banlieue triste et pauvre. Il y découvre les côtés les plus répugnants et les plus désespérants de la condition humaine. Il assiste impuissant à la mort de Bébert, un petit garçon qu'il aimait bien et que la science ne peut sauver. Puis il se retrouvé mêlé à une sordide histoire. Une famille de sa clientèle, les Henrouille, souhaitent se débarrasser de leur mère âgée. Ils font appel à Robinson qui accepte de tuer la vieille dame pour dix mille francs. Mais par maladresse, Robinson échoue et se blesse. Il perd provisoirement la vue. Bardamu soigne Robinson qui part ensuite s'exiler à Toulouse en compagnie de la mère Henrouille, sa victime rescapée.

Bardamu quitte Rançy et abandonne la médecine. Il devient figurant dans un spectacle de danse. Il se rend ensuite à Toulouse et retrouve Robinson. Il fait la connaissance de Madelon , sa fiancée et devient son amant. Il fait visiter avec la mère Henrouille un caveau plein de cadavres à des touristes. Mais la vieille dame tombe dans l'escalier, vraisemblablement poussée par Bardamu, et se tue. Robinson incite son compère à regagner Paris.

Il est engagé comme médecin dans un établissement psychiatrique dont le patron est le docteur Baryton. Les deux hommes sympathisent.

Rapidement, Baryton sombre dans la folie et annonce à Bardamu sa décision de partir : " je vais renaître, Ferdinand." Il confie à Bardamu la direction de la clinique. Robinson reparaît au grand regret de son ami. Il a recouvré la vue et a quitté Madelon. Bardamu le cache dans sa clinique pour le soustraire à Madelon qui, amoureuse, le poursuit. Sophie, une superbe infirmière slovaque, qui est devenue la maîtresse de Bardamu, prêche pour la réconciliation entre Robinson et Madelon. Bardamu propose une sortie à la fête des Batignolles afin de réconcilier tout le monde. Robinson refuse les avances de Madelon dans le taxi et avoue son dégoût des grands sentiments Madelon le tue de trois coups de revolver. Après l'agonie de Robinson, Bardamu se retrouve seul en bordure d'un canal. Un remorqueur siffle au loin comme s'il souhaitait emmener avec lui tout ce qui existe : " tout , qu'on n'en parle plus."
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Au sein de cet exposé, nous allons aborder le sujet délicat des pensées et œuvres de Louis Ferdinand Céline auteur du Voyage au Bout de la nuit, Casse Pipe, Mort à Crédit ou encore "Bagatelle pour un massacre" (pamphlet). Nous nous axerons principalement sur Voyage au bout de la nuit et "Bagatelle pour un massacre", du fait que ces deux oeuvres, illustrent tout à fait l'image publique de Céline: "le génie, et le monstre." Céline est l’écrivain le plus polémiqué et polémiqueur du XXème siècle, difficile à aborder, encore aujourd’hui, du fait de ses opinions, réflexions souvent antisémites, anarchistes, ainsi que sa collaboration avec le gouvernement fasciste durant la seconde guerre mondiale. Georges Bernanos déclara à ce sujet : « Monsieur Céline scandalise. A ceci rien à dire, puisque Dieu l’a visiblement fait pour ça. » Mais Céline, c’est aussi un "grand Homme", qui pointe du doigt l'injustice, la guerre, la tromperie, et les monstruosités de la condition humaine. Unique dans son genre, il l'est davantage par son style particulier (novateur?) dit proche du langage parlé, de l’argot, qui mêle entre deux familiarités une formule savante. Ce style inimitable jusqu’ici, Raymond Queneau le dira moderne, d’autres le qualifieront de grossier, plein d’insanité, de médiocrité. Et c’est ainsi que jusque dans son style, Céline va faire débat.
Cependant ce qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas de débattre, d’opposer, mais de s’interroger sur Céline en tant qu’observateur et penseur du genre humain, ses mœurs, la société. C'est être témoin d'une époque, par les yeux d'un autre, et peut être se laisser être cet autre, le temps d'une analyse. C’est-à-dire en d’autres termes, se demander si Céline, l’écrivain est un moraliste, comment et dans quels buts au travers de ses ouvrages, lettres, ou interviews.

En lisant Céline, nous pouvons d’abord remarquer que les personnages de ses œuvres semblent entrainés par leur destin fatal ou atroce, sans qu’ils puissent lutter ou véritablement agir. Un peu comme dans ces grandes tragédies grecques ou le « Grand Rouleau » de Jacques le Fataliste, les personnages Céliniens vivent pour et par une expérience pessimiste, idéologique élaborée par l’auteur. De là, nous ne pouvons donc pas dire que Céline s’intéresse à la complexité humaine mais se sert de l’homme pour en faire un sujet philosophie idéologique.. Il ne serait donc pas moraliste, mais créateur d'opinion. (I)
Enfin, si l’existence de l’homme parait aussi vouée au cauchemar sans révolte et sans échappatoire possible, nous pouvons voir apparaître chez Céline, malgré cette impuissance, un caractère de dénonciateur, de satire par lequel celui-ci va mettre en évidence les injustices, folies, ou souffrances humaines, dans la même veine que l'esprit moraliste.(II)

I. Céline: Le déterminisme, le pessimisme, le fatalisme, l'homme sujet de recherches et d'opinions.
"La vie c'est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit"

A la parution du Voyage de la Nuit, Céline s'est distingué des écrivains de son époque, en dépeignant l'être humain comme prisonnier entre les murs de sa naissance et de sa mort. Il est déterminé par sa condition sociale, sa culture, son physique, ses capacités, mais aussi par son époque. Ainsi, il n'a pas d'autres choix, que de se soumettre à son destin. L'on dira de Céline, qu'il fait parti de ce mouvement intellectuel pessimiste et déterministe qui définit l'homme, comme "jouet de l'univers", dont le seul secours possible est au moins d'en avoir conscience. Le voyage au bout de la nuit est donc un voyage à la fois dans l’Espace puisque Bardamu le héros traverse trois continents : l’Europe, l’Afrique puis les Amériques, mais c’est aussi un voyage au cœur de l’homme qui face à l'expérience, réalise peu à peu, qu'il est né déterminé à être malheureux, manipulé par autrui et le destin.




1. La détermination par une condition sociale, une époque, le menant à la guerre, au désespoir début de l'ouvrage, l'homme comme "chair à canon" de l'Etat, du gouvernement, des élites supérieures.

Le roman du voyage au bout de la nuit, démarre par une formule assez surprenante, " ça a débuté comme ça. Moi , j'avais jamais rien dit. Rien. C'est Arthur Ganate qui m'a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade...." Cette phrase est surprenante, car il est rare de trouver en littérature, une introduction aussi désinvolte, et si peu descriptive. Le "ça", contraction de "cela" et par conséquent terme familier, semble englober tout un tas de facteurs, de causes qui dépassent le narrateur, mais qui aussi semble contenir dans sa définition aussi un synonyme de la folie, proche d'un "sur un coup de tête". Comme si c'était une cause extérieure au narrateur, qui l'avait poussée à déclencher cette aventure. En outre, le narrateur insiste sur le fait qu'il n'est pas acteur de son destin, en notant: Moi je n'avais rien dit, Rien. Le double emploi du mot rien, montre le néant de son désir, de ses projets, mettant en constraste autrui, Arthur Ganate, possible actant du début de l'aventure. Là aussi nous nous retrouvons face à une situation assez rare en littérature, dans la mesure où le narrateur n'est pas le héros de son histoire, un peu comme dans Manon Lescault où De Grieux confesse à monsieur de Renoncour, que c'est sa passion pour Manon qui l'a fait agir et penser autrement que par lui même.
Cependant, nous pouvons observer l'ingéniosité de Céline, qui en marquant :"un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade" dépeint en quelques mots la situation sociale du narrateur. Cela dit, il y aurait eu d'autres façons de dépeindre ce personnage, on aurait pu trouver des indications physiques,(physionomie, vestimentaire) mentales (personnalité, moeurs, capacités), dès lors, nous comprenons dès le début de l'oeuvre, que ce personnage Bardamu, n'existe et ne va expérimenter qu'au travers de sa condition sociale, de son "état" dans la société. Le mot "étudiant" reflète au mieux la jeunesse, car étudiant, est un participe présent qui affiche l'idée d'apprentissage en cours, et donc d'être humain pas encore modelé, pas encore adulte. En outre, le mot "carabin" est lui aussi très intéressant à observer. Qu'est ce qu'un carabin? C'est à la fois un étudiant en médecine (optique de sauver des vies, du goût pour les autres, pour la science) mais aussi un soldat porteur d'une carabine. Il existe aussi un sens plus ancien, de carabin, qui est une personne qui "se hasarde au jeu", c'est à dire qu'il joue sur un coup de tête quelque chose qui lui parait bien instinctivement. En ce seul mot, puisque nous savons que Céline connaissait bien la langue française, le narrateur fait un clin d'oeil à l'ironie du destin, et annonce de façon discrète le déroulement de l'histoire. En outre, par caramade, mot appartenant à l'univers prolétaire marxiste, Céline supprime de l'individualité à son personnage, comme pour le comprendre dans une génération, une caste, où tous les êtres y vivant se ressemblent en masse. Céline est ami avec quelqu'un issu de sa même condition et ayant les mêmes projets, et par cela, les fréquentations même de l'individu semblent couler d'un déterminisme.

Et c'est donc ainsi, sur "un coup de tête" que Bardamu va mêler son destin à la guerre, en voyant dira t il un régiment de soldats passer dans la rue. Là où la situation semble ridicule, c'est bien sûr dans le propos de cet engagement. Il faut alors revenir dans l'époque de la guerre 1914, 1918, où par les effets de la propagande, la guerre portait le masque du patriotisme, de la noblesse de coeur et de corps. C'était une forme de fanatisme heureux, que de s'engager pour défendre son pays, car au travers de ce pays, c'était le patrimoine, la culture de celui ci qui était mis en cause, et par là même, l'identité de la France, des français et donc de chacun. Ainsi, c'est en voyant la "parade", quelque chose en somme d'illusoire et de nécessairement beau, que Bardamu va s'engager, déterminé par l'euphorie ambiante, poussé par un souffle extérieur. Par ailleurs, la scène qui précède ce départ précipité, traite d'une discussion entre Bardamu et Arthur au sujet de la guerre et de leur condition sociale, cela à cause du bruit des tambours, du son des bottes sur les pavés. La réflexion vient de l'extérieur et non allant de soi. Les personnages sont donc conditionnés à réfléchir, à avoir la curiosité de s’y intéresser voire pour un jeune homme d’y trouver un caractère héroïque. ( Lien possible: le livre « A l’Ouest rien de nouveau » de Erich Marie Remarque)
Bardamu est en effet comme il le dit « bien documenté », et autant le lecteur y voit à postériori de l'ironie, que le narrateur semble réellement informé, confondant peut être étant jeune, la quantité des informations à leur qualité. De là, naît une impression de fatalité, de déterminisme qui ne quittera plus du tout l’ensemble de l’œuvre. Bardamu est voué à faire comme les autres, à se laisser trainer vers le front. En effet, sa condition sociale appelée « Reine Misère » le détermine encore à n’être rien, qu’un tout petit pion en bas de l’échelle sociale. Reine Misère règne sur sa vie, le domine. Par ailleurs, l'héroisme de la guerre parait être un échappatoire à cette misère : « Gueulez vive la Patrie! Celui qui gueulera le plus fort aura la médaille et la dragée du bon Jésus ». Ainsi, l'étudiant, le carabin, se rêve autre chose avec de grands espoirs, comme Zadig chez Voltaire, "grain de sable" se voulait devenir "diamant".
Dès le début du roman donc, la guerre était inévitable pour Bardamu et tous les hommes comme lui. Ils semblent tous avoir été piégés par leurs mêmes illusions. Mais au delà, c'est au sein même de la guerre, que Céline va pointer du doigt, l'universalité de l'homme, ses traits communs, et souligner l'horreur et la médiocrité, qui font le ciment de leur camaraderie.

Céline va tout d’abord observer l’ambigüité des rapports humains dans la guerre, ou comment l’homme se résume à l’instinct primitif. Si l’on plante le décor d’une première guerre mondiale ainsi que dans les films ou les images de guerre, il y a deux camps: les français et les allemands, des bombes, des membres coupés, en somme l'ignominie et la mort. Par l'idée de combat, de duel, on entend parfois au sens commun qu'il y aurait a chacun une cause légitime d'autant d'atrocité, un bon et un mauvais, un escroc et une victime. Mais ce que veut montrer Céline, c’est qu’au fond, les guerres « justes » ne sont qu’un prétexte à la voracité maladive de l’homme, et à ses bas penchants, menant sur la réalité du terrain de guerre à un « chacun pour soi ». Chacun cherchait sa médaille en effet, pure vanité, mais aussi, chacun veut à présent survivre, et semble faire face à la plus crasseuse, abominable condition : lui seul face à la mort. Au fond, la vanité de l'homme se mêlerait à son désir de destruction, de dépassement de lui même par les aspects les plus bas de sa condition. C'est ainsi qu'il va s'illustrer au mieux, sans repères, et se montrer égoiste, agissant par intérêt, cupidité, et monstruosité.
A son arrivée dans la guerre, le jeune homme est encore emprunt de moral, conditionné en somme par les fondements de sa culture, de son éducation. Il sait que tuer torturer, voler est mal, mais bien vite, il va s'adapter pour se métamorphoser poussé par un instinct de survie, un déterminisme vital en un être capable du pire.: Dans le voyage au bout de la nuit, on verra des soldats piller des cadavres, lutter pour de la nourriture, désobéir aux ordres, voire déserter ou s’arranger avec l’ennemi. Les plus forts abattent l'ennemi, les plus rusés font oeuvre d'escroquerie, les plus lâches s'enfuient, les plus faibles meurent. « La grande fatigue de l’existence humaine n’est peut être en somme que cet énorme mal qu’on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c’est-à-dire immonde, atroce, absurde. Cauchemar d’avoir à présenter toujours comme un petit idéal universel, surhomme du matin au soir, le sous homme claudicant qu’on nous a donné . »
Bardamu, héros de la fiction, et comme tout soldat héros de guerre, ne va pas être une exception et lui être aussi être plus vilain que brave, d'autant plus qu'il dira que lui me^me ne sait pas finalement ce que les allemands lui ont fait.Ayant rencontré un compagnon de guerre Robinson, il essaiera de se faire faire prisonnier des allemands afin d’avoir une chance de quitter les champs de bataille, et en d'autres circonstances, s'illustrera par des faits d'égoisme et d'intérêts.
Cependant, l'idée de l'injuste destin, et du déterminisme revient encore. Bardamu et Robinson auraient pu se montrer libres en désertant, en choisissant de quitter le navire, cependant c'est beaucoup plus complexe. Encore une fois leur destin leur échappe, arrivés dans la commune où doit débarquer l’armée allemande, le Maire leur demande de quitter les lieux afin de ne pas causer d’ennuis. Robinson et Bardamu vont donc devoir retourner à la guerre, vaincus d’une nouvelle désillusion. On ne peut être libres, tant qu'il y a autrui, et que autrui peut prendre des décisions.
Le déterminisme au sein de la guerre est aussi visible par le lien que le héros entretient avec sa mère qui elle, voit la guerre comme « un chagrin nouveau » parallèle avec sa vie de petite gens pauvre qui n’a que les sorties en ville pour distraction, et qui n'entend rien aux grandes causes de la guerre. Il dit que sa mère croit en la fatalité, et qu’elle accepterait leur mort « à nous les viandes destinées aux sacrifices (…) les jeux étaient faits ». Sa mère a déposé sa vie dans les mains de la fatalité, et ne se montre d'aucune résistance face aux évènements extérieurs, même la mort probable de son fils. Céline pense donc que la nature humaine ne tient pas que de pure essence mais se forge au travers de l’expérience, de l’éducation et nous fait agir et penser. Et, à vies semblables, destins semblables: la jeunesse de 1914/1918 était destinée à connaître la guerre et la mort. "Le culte des héros c'est le culte de la veine."

L'immobilisme et le passif de cette époque, semble issue de la société et par là même de la culture monolithique, où l'histoire, les références, les concepts semblent avoir été endoctrinés en chacun. Céline par exemple, met avant de nombreux lieux communs, idées reçues que nous prenons pour vérité, et qu'il témoigne comme étant autre chose. Ainsi, le meilleur exemple semble ici la guerre, entre propagande et réalité, cependant ce n'est pas la seule chose.




2. L’illusion de l’amour, des amitiés, le déterminisme féminin: Déterminés à croire aux rêves pour mieux déchanter.

Bardamu au début de l'ouvrage, s'écriera non sans cynisme: "L'amour, c'est l'infini à la portée des caniches". Ainsi, Céline décrit une conception de l'amour triviale, purement fondée sur la sexualité, la chair en constraste avec le romantisme et les hautes pensées intellectuelles, poétiques de son temps. Malgré cette opinion de la chose, Bardamu écoute le discours de son ami Arthur, plus romantique, lyrique et alors qu'il aurait dû ne pas souffrir de l'Amour, Bardamu va être confronté durant le voyage au bout de la nuit à deux grands échecs amoureux incarnés en les personnes de Lola et Musyne, au poids de l'amitié par les frasques de Robinson, à la frustration et au travail par Manon, la compagne de Robinson et d'autres exemples. C'est donc aussi par autrui, que Céline va essayer de faire le portrait des passions. Alors que Vauvenargues nous disait que les passions nous invitaient à faire, à s'engager pour de grandes choses, les rationalistes à nous changer complètement et stupidement, Céline veut nous montrer qu'autrui nous détermine à agir, parce que nous nous sentons responsables d'eux, parce que nous voulons leur plaire. Il veut mettre en évidence, que nous ne changeons pas par folie, mais par contrainte, pour être aimé.
Lola est l’un des éléments déterminants de la vie de Bardamu. Il dira d’ailleurs « à cause d’elle , je suis devenu curieux des Etats Unis ». On dirait qu’il s’agit d’un prolepse quant à la suite du roman, voire du destin de Bardamu. C'est une jeune femme imaginative, émotive, complètement formatée par la propagande, poussée à grandir les hommes qui font la guerre en les peignant d'Héroisme. Elle ne fait pas grand chose, se montre assez incompétente, et la guerre chez elle, s'illustre comme un loisir de se montrer, d'avoir l'impression de faire de bonnes actions, de se distinguer. Elle agit par une sorte de vanité, qui la désigne à vouloir trouver un héros juste pour elle, et admirer ces hommes, autant qu'être admirée pour sa présence dans le corps armé. C'est d'ailleurs aussi une femme qui se croit moderne, juste parce que son époque dit que la femme moderne doit s'investier de la guerre. La perception de soi repose parfois sur bien peu. Elle rencontre Bardamu pour qui elle a de l'admiration juste parce qu'il était sur le champs de bataille, mais nous lecteurs, savons déja en quoi est véritablement fait le champs de bataille. Elle est donc amoureuse par illusion et condtionnement. Par ailleurs, c'est au juste ce que va vite comprendre Bardamu. Il réalise qu'il existe un fossé entre eux bien qu'il ne parvienne pas à vaincre sa passion. Au début de leur rencontre, pour elle, il va comme ces soldats jadis qui l'avaient attiré vers son destin, faire la parade devant les généraux et la société, se complaire dans des discours héroiques. Mais bien vite, la vérité va exploser, et faire exploser de là les illusions. Bardamu est pris d'angoisses, de cauchemars, n'arrive pas à se contrôler, et parfois part dans des crises d'hystérie et de peur en privé ou en public.Le masque tombe, et bien vite la bouche de Bardamu va se délier. Il va confesser à Lola ses opinions sur la guerre, que c'est une boucherie sans fin et qu'elle n'a aucune utilité. Il lui demandera si elle se souvient elle, d'un seul nom de l'un de ces soldats morts durant la guerre de cent ans, et pourquoi ils ont fait cette guerre? A sa négation, Bardamu reprend en disant qu'il en sera de même pour eux dans mille ans. Lola, choquée, comme une dévote à qui l'on nierai l'existence de Dieu, sans argumentations, quitte Bardamu, déçue et attristée.

Musyne, elle, est déja plus femme que jeune fille quand Bardamu la rencontre, et par idée reçue masculine, n'ayant plus toute sa fraîcheur, il s'imagine que l'avoir puis la garder sera facile. La valeur d'une femme, dans la société phallocrate du début du siècle, se calculait selon sa capacité à procréer et à faire rêver par sa beauté la gente masculine. Mais ce que Bardamut ne réalise pas, c'est que les femmes aussi ont leurs idées reçues, leurs attentes, et Musyne étant une femme "comme une autre" ne peut souffrir de la pauvreté de Bardamu". Là encore, la condition des femmes pauvres et âgées prend un parallèle avec la guerre, quand elle emploie le mot "survivre" en liaison directe avec sa condition. Cette condition la rend opportuniste, et mauvaise, car pour se débarasser de Bardamu, et lui demande de retourner au plus vite à la guerre, pendant qu'elle l'attendra mais en réalité, elle désire le quitter pour "un riche argentin". Dès lors, nous voyons que Céline considère le romantisme comme illusion, moyen de manipuler, de séduire, pour but de se stabiliser, d'exister, vis à vis des autres, de l'argent, de la société.
Pour appuyer sur le pathos de cette triste destinée, Céline va décrire son post traumatisme de la guerre, raison de la perte de ces deux femmes, de son sommeil, de sa jeunesse, puis de son esprit. En effet, c'est bien à cause de la guerre qu'il connaissait vraiment qu'il va perdre Lola, et à cause du fait qu'il a perdu son temps à la guerre plutôt que de s'enrichir qu'il a perdu Musyne. En outre, le voyage au bout de la nuit, se montre être ici comme une traversée du désert.


Un autre rapport vis-à-vis de l’amour est observé par Céline, celui de l’amour dit commercial ou plutôt monnayable. Le corps humain, que la religion sacralise, que la société destine à un autre par le mariage, et condamne par la prostitution, est pourtant une réalité, un aspect naturel semble t il, que Céline aimerait souligner.Ainsi, notre façon de blâmer la catin pour louer l'épouse, serait une idée reçue, un endoctrinement, qui remet en cause les valeurs morales, nos conceptions des individus et de la société. En effet, Madame Hérotte va mêler commerce et sexualité auprès des jeunes soldats pour mener à bien sa boutique. Bardamu dira que c’est propre à la guerre, qu’elle est « comme d’autres ». Déterminisme vital encore une fois? Simple avidité? Plaisirs vicieux? Dans tous les cas, l’homme agit selon ce même précepte que l’on est poursuivi en permanence par notre propre condition humaine, et l'homme juge la catin, alors qu'elle n'est pas libre de ses choix.

Il y a aussi le mythe à remarquer de la femme noire « nègre » en Afrique, qui est selon Céline une femme faite pour être aimée charnellement. Céline décrit chez toutes ces femmes, comme une seule, un caractère docile, sensuel, bestial, symbole ancien de la pure féminité, celle que l’on peut toujours posséder sans en souffrir. Du moins, c'est la conception qui lui ai inspirée des portraits colonialistes, de la part du gouverneur, issu de sa propre culture. Lorsqu'il arrivera là bas, c'est plutôt la moiteur, la saleté, la pauvreté qui dépeigneront ces femmes, dociles car esclaves d'une autorité.

Nous pouvons aussi observer ce passage au cœur du Voyage au bout de la nuit, dans lequel une jeune fille « du cinquième » a le devoir d'avorter. Bardamu est alors un médecin avec une mauvaise réputation (il ne fait pas payer) qui est appelé par sa famille pour ôter tout scandale et cela à n’importe quel prix. La femme est à la fois victime de son corps et de sa féminité. Elle doit etre objet de désir et se mouler dans l'étiquette. L’honneur d’une jeune fille de bonne famille vaut mieux que sa propre vie, ainsi elle est déterminé son destin. L'illusion qu'elle donnera par la suite d'elle même, de jeune vierge bonne à marier, sera évidement en contradiction avec la réalité. En outre, nous pouvons noter que ses parents insistent bien sur le fait qu'ils pensaient bien l'avoir éduquée, c'est à dire formatée pour qu'elle corresponde aux attentes de son rang. La jeune fille ne se distingue pas par des traits particuliers de son rôle, mais bien par la chair et la trivialité. La sexualité est d'ailleurs partout dans l’œuvre, il dira même que « tout revient à ça », « une histoire de fesse en somme ». L’homme est donc dépendant de ses pulsions, ses besoins. Il ne semble pas s’élever au-delà de la bête. (infini, caniche) Céline a une idée fortement cynique des sentiments, toujours conduits, précipités par des désirs corporels. L’élévation amoureuse n’existe semble t il que pour combler ces manques, justifier ces besoins, rendre culturel le désir animal.

Car en vérité, Céline met en avant cette idée que l’homme ne peut se supporter tout seul, car il serait alors face à la vérité, au néant, ainsi que la pensée pascalienne le décrétait. Que ce soient dans les toilettes aux Amériques, en guerre où tout le monde se regroupe, les quartiers, les villes, Céline montre que nous nous obligeons à garder un rapport avec autrui, ce qui forme la société. Que la société résulte finalement que de notre incapacité à vivre sans ressources humaines, et que nos destins sont détemrinés par ce désir de « groupe ». Cela est perceptible aussi quand Robinson vient le consulter, lui demander de l'aide, quand à plusieurs reprises il se retrouve "en galère". C'est le besoin qu'à Robinson d'avoir un ami qui le pousse à venir le voir, le rencontrer, lui offrir des choses, tout comme Bardamu, un peu amoureux de Manon, lui fait s'intéresser davantage à Robinson. Par ailleurs nous pourrions conclure, que la profession de Bardamu, médecin, se montre à plusieurs reprises comme un devoir plus qu'un gout de l'autre. "Vous êtes médecin, vous devez...", "Vous pouvez soigner,(...) il faut...". Ainsi, lorsque nous avons le pouvoir de faire quelque chose envers autrui, ce que nous avons appris pour être aimés, pour exister, autrui nous le fait percevoir comme étant un devoir. Cela dit, et Bardamu en est le parfait exemple, la solitude règne seule dans le coeur de l'homme, et l'amour du groupe, de l'autre, n'est qu'une illusion que nous ne pouvons pas accepter.
« Il y a un moment où on est tout seul quand on est arrivé au bout de tout ce qui peut vous arriver. C’est le bout du monde, le chagrin lui-même, le vôtre, ne vous répond plus rien et faut revenir en arrière alors, parmi les hommes, n’importe lesquels. On est pas difficile dans ces moments là, car même pour pleurer il faut retourner où tout recommence, il faut revenir avec eux. »

3. Le déterminisme du corps et de l'environnement

La particularité de Céline, ou de Louis Ferdinand Destouches est qu’avant d’avoir été écrivain, il était médecin. Cet aspect de sa personnalité va beaucoup influencer sa conception de l’être humain, dépendant selon lui de son corps avant tout.
Le roman « Voyage au bout de la nuit » est imprégné du vocabulaire médical et de maladies, de fièvres, de blessures. Ici encore Céline tend à nous montrer que nous sommes déterminés par les facultés de notre corps, ses possibilités et que celles-ci influent sur notre comportement.
*La faim va mener comme nous le disions les soldats à voler ou se battre.
*En Afrique, la fièvre va clouer Bardamu au lit, l’empêchant de faire quoi que ce soit. C’est ainsi qu’il va être transporté, par des autochtones jusqu’à la galère qui le mènera en Amérique. Par son incapacité, il va devenir leur esclave, puisqu’il est « vendu ». (hallucination ou vérité, la maladie trouble l’esprit et déforme les réalités du monde)
*Bardamu observe en Amérique une chose bien curieuse fait de société, c’est que les toilettes se situent sous terre, et qu’elles sont le lieu de discussions entre hommes, politiques ou badines. Cet aspect casi sociologique, choque assez Bardamu qui ne comprend pas comment un tel lieu peut prêter à ces discussions. Ce n’est pas habituel en France. (déterminisme de l’Espace)
*Lorsqu’il retrouve Lola en Amérique après leur rupture en France, qu’il est venu chercher pour lui demander de l’argent, Bardamu se rend compte des changements physiques qui se sont opérés sur Lola par le temps, et prend conscience de sa déliquescence, de la fuite du temps. Durant tout le roman, Céline note l’âge du héro ainsi que ses changements physiques : rides, humeurs, couleurs. « Chacun pleure à sa façon le temps qui passe. »
*A la fin du roman enfin, Robinson l’ami qu’il a rencontré à la guerre va devenir aveugle à cause d’un incident. L’ami va devenir alors une charge pour Bardamu qui le confie aux sœurs. Là bas Robinson va rencontrer la jolie Madelon qui tombera amoureuse de lui et qui deviendra à la fois la garde malade et la fiancée de Robinson. Quand celui-ci aura guérit de sa cécité, il ira rejoindre Bardamu en quittant avec mépris la jeune fille, de qui à présent, il ne se sent plus redevable. La suppression de l’handicap va alors révéler en somme ses véritables intentions et personnalité.

Il existe au delà même du corps, chez Céline le déterminisme des gênes et de la race. Encore aujourd’hui, le débat fait polémique. Sommes nous déterminés par nos gênes? Prédisposés à agir, mourir selon notre essence initiale. Ou bien, comme le pensait Sartre ou Beauvoir, l’essence n’est elle qu’un mythe que nous pourrions dépasser en choisissant nous même nos propres destinées. Est-ce de la mauvaise foi que de maudire le destin?
Si l’on se réfère à Céline, comme nous le disions, l’essence est synonyme de nature humaine et celle-ci comporte le vice, l’insatisfaction et le fatum. De plus, nous connaissons les pensées antisémites, racistes de Céline selon lesquelles les hommes selon leurs « races » porteraient une identité propre, inexpugnable de leurs êtres. Ainsi, dans le Voyage au bout de la nuit, Arthur dit « Ben oui qu’il en existe une race française et une belle dis donc ! » . Nous partons donc dans l’idée que l’identité serait à la fois issue d’un peuple et d’une nation, d’autant plus dans ce contexte de guerre.
Cela est aussi visible en Afrique, où Céline décrit le peuple africain comme un seul et même individu, une masse grouillante et similaire. Apathique, docile, Céline ne quitte pas les stéréotypes de l’époque colonialiste, idées reçues d’une époque et d’une idéologie qui mène à penser que ce peuple là par ces caractéristiques semble etre fait pour être dominé.
Publié en 1932, le voyage au bout de la nuit ne comporte pas de propos antisémites. Cependant, Céline est bien connu pour ses pamphlets et propos racistes. Comme dans l’idéologie nazie, Céline suppose que les Juifs portent en eux un gêne maudit qui les rendent plus exécrables que les autres races. Ainsi dans Bagatelle pour un massacre, Céline dépeint le peuple Juif par tous les atours insultants de l’époque: nez crochus, avidité, semblable à la vermine, omniprésent dans les sphères intellectuelles ou politiques pour ruiner les autres peuples afin de satisfaire leur avidité. Ces propos mettent encore en conséquence l’idée Célinienne que nous sommes poursuivis par notre essence et ne confère pas à Céline un rôle de moraliste mais d’idéologue.
En outre, un autre point peut être observé chez Céline et cela dans sa propre existence. Au sein de ses lettres, Céline raconte souvent sa jeunesse, où, fils d’une dentellière et d’un correspondancier, il a connu toute sa vie la misère et la rigueur d’une vie rythmée par le travail. Sa mère dit il, lui répétait souvent de se contenter de sa condition sociale et avoir toujours en tête d’où il venait. Relatant pourquoi chez lui ils n’avaient que des « nouilles » non odorantes au repas à cause des dentelles fragiles qui s’imprègnent si facilement de parfums, ou pourquoi il devait toujours jouer dans la rue avec des enfants d’ouvriers, Céline inconsciemment dresse le portrait d’une vie confinée, déterminée qui l’englobera tout autant que ses personnages.

Il s’agit d’observations de la nature humaine proprement cyniques. « L’âme c’est la vanité ou le plaisir du corps tant qu’il bien portant mais aussi l’envie d’en sortir quand il est malade ». Ainsi, juste à cause d'une balle mal reçue, à cause d'un petit disfonctionnement corporel, d'une maladie, le destin de l'homme peut tout à coup bousculer ou s'éteindre. Nous sommes par essence fragiles, et l'ironie veut que nous portions le poids du monde et des autres sur nos épaules. Nous sommes comme Atlas, punis, condamnés, sans connaître les raisons de ce blâme.

Chaque lieu géographique comportera aussi durant le voyage de Bardamu des caractéristiques si précises qu’elles en deviennent des facteurs importants quant au récit et au destin du personnage. Les lieux peuvent être à la fois « synonyme de », ou « symbole de », et associent à leur propre caractère, un caractère humain. Cette idée philosophique a été élaborée par Oscar Wilde, qui disait que ce n’était pas forcément la nature ou les lieux réels qui agitaient notre imagination, mais que notre âme, par nos références, nos connotations rendent le réel imaginaire et connoté. Oscar Wilde donnait en exemple les cieux londoniens, qu’il croyait être parfois l’œuvre de Turner. Ainsi notre vécu a une influence, un déterminisme sur notre conception des lieux, ou des personnages d’où les archétypes mais les lieux sont aussi en eux même porteurs de fatalité. L’espace Célinien est clos, cyclique allégoriquement semblable au sort des personnages. Bardamu part de France pour y revenir, errant, comme il errait sur le champs de bataille. Ainsi par exemple, la première scène démarre sur la plage Clichy, lieu fermé et rond. En Amérique, ses différents déboires feront tourner Bardamu en rond géographiquement et métaphoriquement.
L’Afrique brûlante, sauvage, végétale entrainera Bardamu dans la fièvre et l’immobilisme, le bateau qu’il l’y emmènera sera symbole de geôle, les champs de bataille synonyme de mort, la beauté de Lola de fascination. Ces rapports aux choses et aux lieux, à la fois familiers et lointains sont tout à la fois connus de Bardamu et du lecteur et nous déterminent à penser le lieu d’abord par préjugé, puis sous le regard de Bardamu.


4. Le déterminisme du porte-feuille: tentation et frustration..

a. L’argent

L’argent chez Céline est aussi l’un des instruments qui détermine nos existences, sur plusieurs plans. Il va de pair avec la servitude. Tantôt il conduit Bardamu à la guerre, le réduit à néant aux Amériques, corrompt l’esprit avec l’histoire de Madame Hérotte ou la jeune fille du 5ème, rend l’homme simple objet en Afrique, et docile à la société, au travail, et aux autres. Nous sommes éconduits par cette nécessité de l’argent et par notre avarice qui nous pousse à la bassesse et la désillusion.

Cette servitude est incarnée par Lola en Amérique, à qui il demande de l’argent. La pauvreté le mène à mentir, à courber l’échine et perdre sa dignité d’homme. L’argent rappelle alors la faim durant la guerre, à cela qu'il n'est pas vital réellement, mais que la société la rendu besoin. Cette notion de dignité alliée à l’argent se retrouve aussi à son retour en France en tant que médecin lorsqu’on le considère comme marginal du fait qu’il ne fait pas payer les plus pauvres. On ne considère pas d’un point de vue humain et culturel celui qui se refuse à l’argent ou n’en tient pas compte. L’argent est comme un masque que l’on doit tenir en toutes circonstances, nous obligeant à obtenir un travail, une situation, et nous mène à un destin réglé. En outre, lorsqu’au début du roman Bardamu semble se satisfaire de sa situation de pauvre, il est quitté par Musyne qui désire grimper dans l’échelle sociale. L’argent tout comme la sexualité sont les pendants négatifs directs du travail et des sentiments, et révèle une existence humaine guidée par le vice couvert de noms élogieux.

b. Le cinéma : « Le délire de mentir et de croire s’attrape comme la gale ».

Le cinéma est montré chez Céline comme un miroir déformant de la réalité. Le cinéma rend une réalité accessible à tous, palpable. Sur les écrans, on peut voir des femmes superbes, l’abondance, le sublime alors que le spectateur se trouve assis dans l’obscurité. Il contemple ce qu’il ne peut avoir, et se trouve guidé par ce désir de s’approprier l’illusion. Ainsi, par ce moyen Céline tend à nous montrer que nous sommes conditionnés à vouloir, à désirer selon ce qu'on nous montre, ce que l'on nous définie de bien et de beau, et que poru l'obtenir, il faut de l'argent, une réussite sociale. Le cinéma est une nouvelle muse de la passion, et nous rend esclave, dépendant de la société. "La télé est dangereuse pour les hommes. Personne ne pourra empêcher maintenant la marche en avant de cette infernale machine". Le spectateur Bardamu est poursuivit par la pauvreté et donc l’incapacité à obtenir toutes ces choses qu’on lui présente, la société est cruelle pour ceux qui ne réussissent pas.
«  Quand on a de l’imagination mourir n’est rien, quand on en a, mourir c’est trop ».


II. La satire, la dénonciation."La conscience n'est dans le chaos du monde qu'une petite lumière, précieuse mais fragile"

Nous avons donc pu remarquer au travers de ces quelques exemples que chez Céline, tout parait voué au cauchemar, à la misère, lorsque l’individu lui-même en est précédé et qu’a l’inverse bien sûr l’injustice donne à la chance à ceux qui en ont déjà. Mais que chanceux ou pauvres, tous les êtres humains sont guidés par les mêmes élans de désespoir et de troubles vicieux. Ainsi, s’observe donc une analyse psychologique du monde humain et donne la réponse à Arthur qui disait : « Mais Bardamut il y a l’amour! » un néant plein d’illusions et de vils intérêts.
Cependant, Céline n’est il qu’un idéologue pessimiste comme Cioran ou Schopenhauer? Il faut croire que non, lorsque par son cynisme, son humour, son ironie, Céline tend à dépeindre un monde surtout plein d’incohérences que nous subissons mais que nous pouvons toujours dénoncer. En effet, n’y aurait il pas au-delà d’un tableau pessimiste, fataliste, la volonté d’élever la satire et d’ainsi de dénoncer tous les facteurs qui ont rendu si tragique (au sens fort) le destin des personnages du Voyage au bout de la nuit et la pensée Célinienne?

1. L’antinationalisme.
Comme nous l’avons dit, Bardamu fait l’expérience de la guerre tout comme son auteur. Ainsi, Céline se déclarera toujours pacifiste, dont le désir le plus vivace était d’alerter les gens au sujet de la guerre et de son atrocité. Dans le canard enchaîné en 1931, un journaliste écrira « Nous le lisons et nous l’aimons tout de suite. C’est-à-dire tous ceux qui n’acceptent ni le monde comme il va, ni la société où nous sommes, ni les hommes comme ils sont. »
On dit de Céline alors comme de son personnage qu’ils sont antinationalistes. Ils dénoncent la propagande, les morts inutiles, le patriotisme aveugle. Dans le voyage au bout de la nuit, Céline ne va pas se contenter de déplorer la guerre, de la subir, il va aussi la dénoncer, comme un véritable moraliste.
Cela va s’accomplir tout d’abord au travers de l’écriture en elle-même, du fait d’un vocabulaire choisi, inscrivant la guerre dans un domaine de souffrance .

a. Le champs lexical

Le champs de bataille est ainsi décrit: « bourbier », « triste », « boue », « sale, » , « du sang partout à travers l’herbe », « obscurité », « tirailleurs »,  « pétaradant »,  « obus », « balles », « infernale », «  casques »….

b. Les aphorismes.

Il n’est pas aisé de parler d’aphorismes au sein d’un roman en prose. Cependant, il est palpable que certaines phrases n’appartiennent pas à la structure narrative du texte. L’aphorisme était une forme ramassée qui exprime une idée ou une morale en utilisant une figure de style. L’écriture célinienne semble ponctuée de ce genre de micro et denses réflexions, mettant en exergue l’horreur, l’absurdité de la guerre et ses soldats victimes. Mais, au-delà de ce contexte, Céline pose des problèmes philosophiques, des pistes de réflexions, au-delà du champs de bataille, sur l’existence humaine, le monde et tout ce qui lie et sépare ces deux notions. Ainsi par ces phrases, il ne fait pas qu’un effet rhétorique mais nous permet de réfléchir sans contraintes, sur l’homme. Il est donc moraliste parce qu’il donne un point de vue subjectif, mais c’est un moraliste satirique qui ne propose pas de révolte ou de solutions, mais bien une prise de conscience.

Au sujet des soldats : « plus engagés que des chiens aimant leur rage (..) et les chiens eux ils n’aiment pas ça »
L’inexpérience des jeunes soldats, sacrifiés : « On est puceau de l’Horreur quand on l’est de la Volupté ».
Désespoir Célinien: « C’est des hommes et seulement d’eux qu’il fait avoir peur, toujours », « Faire confiance aux hommes, c’est déjà se faire tuer un peu ».
L’hypocrisie humaine dénoncée avec cynisme :  « Ne croyez jamais d’emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s’ils peuvent dormir encore..? Si oui, tout va bien. Ca suffit. »

« L’amour c’est comme l’alcool, plus on est impuissant et saoûl et plus on se croit fort et malin, et sûr de ses droits ».
« C’est difficile d’arriver à l’essentiel, même en ce qui concerne la guerre, la fantaisie résiste longtemps ».
« Dans ce métier de soldat d’être tué, faut pas être difficile, faut faire comme si la vie continuait, c’est ça le plus dur, ce mensonge » : Forte dénonciation par la chute « mensonge ».
« des pauvres, c’est-à-dire des gens dont la mort n’intéresse personne ».
« Le délire de mentir et de croire s’attrape comme la gale ».
« Tout ce qui est intéressant se passe dans l’ombre, décidément. On ne sait rien de la véritable histoire des hommes ».
« la peur. L’envers et l’endroit de la guerre »
« Ce monde n’est je vous l’assure qu’une immense entreprise à se foutre du monde! »
« (..) Quand on est faible ce qui donne de la force, c’est de dépouiller les hommes qu’on redoute le plus, du moindre prestige qu’on a encore tendance à leur prêter. Il faut apprendre à les considérer tels qu’ils sont, pires qu’ils sont c’est-à-dire, à tous les points de vue. Ca dégage, ça vous affranchit et vous défend au-delà de toute ce qu’on peut imaginer. Ca vous donne un autre vous-même. En fait, on est deux. »
« On passe son temps à tuer ou à adorer en ce monde et cela tout ensemble « je te hais! Je t’adore »

« Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque, leur bêtise est vite convaincue, les motifs viennent tout seuls » : la guerre n’a aucune raison valable, raisonnable d’exister, elle n’est que pure pulsion humaine à la destruction.
« L’homme n’est pas longtemps honnête quand il est seul, allez! »
« C’est effrayant ce qu’on en a de choses et des gens qui ne bougent plus dans son passé. Les vivants qu’on égare dans les cryptes du temps dorment si bien avec les morts qu’une même ombre les confond déjà. »

« Etre vieux, c’est ne plus trouver de rôle ardent à jouer, c’est tomber dans cette insipide relache où on n’attend plus que la mort. »
« La vie c’est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit ».

c. L’argumentation, la prise de parole

Là où Céline va dépasser son rôle d’observateur c’est quand au-delà des sous entendus, des aphorismes, du tacite, il va prendre la parole pour exprimer clairement ses idées et devenir un réel porte parle du pacifisme au travers de Bardamu et de l’écriture.
Bardamu ne s’exprime que très rarement à haute voix sur sa conception de l’homme. Elle s’exprime tout d’abord dans un moment de fièvre délirante lors d’un dîner chez les Duval, ou avec Lola. Pris d’un accès de folie, d’hallucination, il viendra à crier aux invités :  « Allez vous en tous. Ils vont nous tuer, tous nous tuer. » Il emploi le verbe « prévenir » qui peut etre perçu à deux sens: pour que les invités évident les balles hallucinées dans le moment présent ou de les contraindre à s’enfuir d’un tout grotesque: la guerre, l’atrocité, un peu comme un prophète dirige ses fidèles vers la bonne parole.
Cette fièvre le fera conduire à l’hôpital où on hésite à la fusiller car on le dit anarchiste « puisque c’est la guerre ». Nous pouvons donc voir ici une dénonciation des traumatismes et de la censure lors de la guerre. (Lien possible: 1984, Big Brother, les mauvaises pensées.. Orwell)
Ensuite à l’hôpital, Bardamu s’entretient pour la première fois de sa conception de la guerre avec Lola. Il va au-delà de l’expression de sa pensée, il va argumenter.
« Je refuse la guerre et ce qu’il y a dedans. Je la refuse tout net avec tous les hommes qu’elle contient. Seraient ils 984 millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tord Lola, c’set moi qui ai raison (…) Alors vivent les fous et les lâches! Vous souvenez vous Lola, d’un de ces soldats tués pendant la guerre de 100 ans? Avez-vous jamais cherché à en connaître un seul nom? Ils vous sont indifférents, anonymes et plus inconnu encore que le dernier atome de ce papier. Dans 1000 ans, notre guerre à nous sera oubliée. Une douzaine d’érudits se chamailleront encore par ci par là des dates des principales hécatombes dont elle fut illustrée.  Je ne crois pas en l’avenir Lola ».
La guerre est inutile, le temps en efface les causes et aboutissants, car tout évolue malgré la guerre.

5. Par l’écriture
Céline va utiliser l’épopée au sein du voyage au bout de la nuit mais en la renversant de telle manière qu’il va s’en dégager un point de vue antinationalisme au travers d’une burlesque et tragique épopée.

* A l’hopital, en convalescence après ses hallucinations publiques, Bardamu rencontre le médecin Bestombes avec qui il va s’entretenir de littérature.
Celui-ci lui dit « C’est le plus haut devoir des poètes, pendant les heures tragiques que nous traversons que d’exiger le souffle grandiose du poème épique »
Une épopée c’est un long poème où se trouvent des actes héroïques , issus des légendes ou de l’Histoire. Il y’a la présence du merveilleux, du symbolisme ainsi que l’expression des grands sentiments du peuple.
Céline va se servir de cette mise en abime pour mettre en évidence la construction de son récit. En effet, Bardamu ou d’autres personnages sont acteurs de cette épopée, mais les buts de leurs actions vont être renversés pour que l’épopée devienne simplement un moyen de dénoncer, critiquer le monde.
Bardamu s’engage pour la guerre, plein d’enthousiasme, de projets héroïques, on imagine les bottes reluisantes, les uniformes, la marche au pas en décor. Cependant, il ne va connaître que la mort, la destruction. Cela va le mener à devenir un parfait errant, encore plus pauvre.
L’acte héroïque de Lola (c’est ainsi qu’elle le dit) n’est en fait que l’acte ridicule de manger des beignets pour savoir s’ils sont assez bons pour les soldats.


Céline affiche certes un cadre spatiotemporel cohérent avec une vraisemblance générale. Mais nous pouvons trouver aussi des corps étrangers, des fantaisies gratuites qui sont disséminées dans l’ensemble du roman et vont de pair avec l’épopée : il y a beaucoup d’ellipses, on ne sait pas par exemple comment Céline arrive sur le front, au cinquième chapitre il revient miraculeusement dans le monde civil. Il n’y a pas de logique linéaire traditionnelle.
On retrouve le personnage de Robinson sans savoir pourquoi. Il semblerait avoir été emprunté à la littérature japonaise au sens où il existe des contes appelés Nô qui mettent en avant deux personnages. Le premier est celui qui vit dans la réalité, l’autre mène son existence en parallèle mais va être le miroir du premier.
On dirait alors que Robinson est le symbole d’un destin qui le poursuit.
La galère qui mène Bardamu comme esclave en Amérique peut etre perçu comme une hallucination mais il ne rétablit pas la vérité à son arrivée.
Tous les actes héroïques mènent finalement à un renversement de situation: on découvre quelques épisodes plus loin qu’ils étaient accomplis dans un but égoïste.

6. La guerre, permission de tuer.

La guerre est le moyen de tuer sans encourir de blâme, les foudres de la justice. « Qui aurait pu prévoir, avant d’entrer vraiment en guerre, tout ce que contenait la sale âme héroïque et fainéante des hommes? Le meurtre commun vers le feu. Ce venait des profondeurs. » ; « La passion homicide des mêmes en la guerre venue ». Toute l’indifférence, l’ignominie que peut observer Bardamu, il la définira comme « Vacherie ». Ainsi il pense que le consentement de la guerre vient d’un désir instinctif de mort enfoui en nous, instinctif. Il dénonce cet attrait de l’homme en le comparant à l’animal, figure de satire.

2. L’anticapitalisme

Céline va se servir du mythe de l’Amérique pour baser sa satire contre le Capitalisme. Ce mythe va être incarné au travers de New York, intemporelle : ville verticale, immense, espace inédit, symbole de Modernité. Tout porte à croire à l’abondance (fast food), richesse (les femmes bien habillées, les hommes d’affaires). Il y’a aussi le mythe de la conquête de l’ouest, Bardamu vient chercher fortune en Amérique, c’est à l’Ouest qu’il s’en va. New York est comme un Eden mêlant tout à la fois l’illusion et la tentation. Il veut ce qu’il n’a pas : l’argent. Cependant tout le monde l’ignore, il n’est pas le bienvenu puisqu’il est pauvre.
Il va travailler comme ouvrier chez Ford, mais ce travail à la chaîne (critique du progrès) l’ennuie et le détruit : « Ecoeuré de visser des machines à boulons ». Il mène une vie de pauvre hère, enfermé dans un hôtel. Bardamu va errer en Amérique, demander à Lola de l’argent pour survivre. Il va donc etre dépendant de l’argent qui lui ôte toute liberté, prisonnier d’un Eden sans y goûter. « Tout ce que je vois est insensé, comme la guerre ». La ville, personnalisée devient alors l’allégorie de l’échec, de la pauvreté. C’est un trait de la satire.

3. Anticolonialisme.

Encore une fois, Céline va récupérer les grands mythes africains pour les détourner et mettre en place une thèse anticolonialiste.
Le thème du voyage, normalement synonyme d’exotisme, de soleil, d’aventure va être ici perçu dès l’embarquement comme un enrôlement absurde vers l’inconnu. Sur le bâteau il est rejeté par les invités qui le considèrent comme un déserteur ou malappris. Il restera dans sa cabine, suffoquant, en compagnie de ses excréments et de sa solitude. Arrivés en Afrique, tout parait obscur, hiérarchisé, une autre France glauque, pleine de fièvres, de maladies, de betes sauvages.
Le directeur des compagnies portuaires lui demande à son arrivée :  « Etes vous pédéraste? Buvez vous? » . Il est une sorte de Falstaff, grossier, grotesque, au pouvoir d’un gouvernement bancal avec une terre sauvage, indomptable pour royaume. Le vice pourrit l’image d’Epinal . Les autochtones sont décrits comme primitifs, déshumanisés. Il se retrouve alors comme, selon lui, entouré de betes avec qui il ne peut pas parler, vraiment communiquer. Seul le bruit des tamtams est un lien culturel. La vie là bas est ponctuée de nuits d’insomnies, de sangsues, d’apathie. Alors que les amériques paraissaient mettre en évidence une vie de travail pleine d’effort pour trouver la misère, l’Afrique parait mêler efforts vains, travail inutile, culture familière éloignée, absurdité totale. Le colonialisme devient alors grotesque puisqu’il règne sur un pays indomptable.
Il y a aussi cet épisode en Amérique où l’on se retrouve chez Lola qui présente « son nègre », celui-ci était

4. Anarchisme.
Qu’Est-ce que l’anarchisme?
L’anarchisme est un mouvement philosophique, politique hostile à toute hiérarchie sociale et autorité. L’anarchisme critique de manière radicale : le capitalisme, l’armée, la police, les familles patriarcales, la religion.
Nous avons donc vu comment Céline mettait à mal le capitalisme et l’armée, la police, et par la jeune fille du cinquième les familles patriarcales. La religion ne semble être chez Céline qu’une institution. Dieu n’est jamais mentionné, il semble inexistant pour cause de toutes les preuves que donne l’écrivain au sujet du caractère désespérant, néantisé de l’homme. Les religieux semblent être des personnes retirées de la société aidant les autres pour avoir un confort et matériel et spirituel. Ils sont néanmoins régis par les mêmes pulsions que les autres puisque par exemple, le père abbé qui s’occupait de Robinson le renvoi à Bardamu son ami, car celui-ci était trop gênant. En affirmant sa désertion, sa détermination à provoquer, insulter, moquer, Céline fait preuve de panache et d’anarchisme.

5. La satire de l’amour

L’Occident regorge de tout une valorisation de l’amour, par l’art, notamment pendant l’époque médiévale ou romantique. Puis à contre courant, il y a eu des visions démystifiantes, critiques, cyniques. (Chamfort, Racine…)
Céline dira même par le biais de Bardamu :  « L’amour c’est l’infini à la portée des caniches. » Plusieurs éléments vont montrer que l’amour est perçu avec vacuité et ridicule dans le voyage au bout de la nuit.

A la fin du roman (p 408, 411), Robinson et Madelon devisent amoureusement sur les berges. Leurs propos sont niais, bucholiques à l’extrême, précieux si bien qu’ils sonnent comme creux et communs. L’hyperbole rend parodique les discours amoureux. C’est le désir sexuel qui pousse à semble t il mettre des fleurs, des noms doux autour de l’acte. A la fin de l’œuvre, l’amour mène à la mort de Robinson à cause des folies passionnées de Madelon. Elle ne supporte pas d’avoir été rejetée, et de n’avoir été aimée que comme une garde malade. On en revient toujours à cette idée d’intérêt majeur dans tout acte.

Bardamu ne connaît que des échecs amoureux, sauf avec Sophie parce que peut être il n’attend plus vraiment grand-chose., il se contente d’être bien. Ou alors, cela aussi parce que Sophie est issue parfaitement du même milieu social, et n'existe qu'au travers de l'image de la femme dévouée, parfaitement docile, telle que l'est la perfection féminine que l'on a enseigné à Bardamu. Nous pouvons d'ailleurs y voir une illusion posée sur Sophie, qui en est encore au jeu de la séduction, et qui annonce de nouveaux rebondissements, de nouvelles désillusions, dans le cadre d'un hypothétique épilogue.

Dans Bagatelle pour un massacre, Céline revisite le mythe de Paul et Virgine. Cette histoire de l’époque romantique, écrite par Bernardin de Saint Pierre raconte l’histoire de deux amants idylliques protégés du « Seigneur » dont l’amour est pur, sincère, au creux d’une île exotique. Chez Céline, cette histoire tourne en farce triviale, lorsqu’il raconte qu’en fait une sorcière vaudou réussit à sauver Virginie grâce à une potion magique, mais qu’a son réveil, Paul la croyant morte, a suivit ses ardeurs en compagnie de « négresses », boit et fume en dansant le sabbat.






Pour conclure, Céline a forgé au travers du Voyage au bout de la nuit, un véritable pamphlet dramatique d’une société humaine déréglée. Plein d’ironie, de cynisme, de belles phrases, ses œuvres dégagent toute une pensée construite philosophie, idéologique et personnelle. Si personnelle que l’Homme fut aussi connue que l’œuvre, et pose encore aujourd’hui des pistes de réflexions.

usdina

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