La Mort est mon Métier, Robert Merle.

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La Mort est mon Métier, Robert Merle.

Message  Александр le Mer 28 Sep - 14:09

Robert Merle n'a jamais tellement fait parler de lui, même à des temps où la médiatisation est un argument de vente. La Mort est mon Métier est pourtant un chef-d’œuvre dérangeant, une plongée dans l'horreur du III Reich... Le héros de l'histoire nous révolte par son caractère candide, qui n'existe plus en tant qu'être, mais en tant qu'objet, que chose. On n'arrive pas à imaginer comment une personne peut arriver à un tel stade de servitude, comment fait-il pour dormir le soir, alors que la journée ce dernier vient de détruire à jamais la vie de centaines de personnes innocentes, sans se poser de questions !
Ce roman donne des frissons, c'est une masse compacte de l'atrocité humaine poussée à son paroxysme, le tout savamment écrit dans un français riche et très parlant. Pour ceux qui l'ont lu, que pensez-vous de ce Rudolf réduit à l'état de bourreau ? Quelles sont vos remarques à propos du roman ?
Quant à ceux qui ne l'ont jamais lu, je vous le recommande très sincèrement. Il faut s'accrocher un peu, car psychologiquement très dur, mais il en vaut vraiment la peine.


Dernière édition par Александр le Mer 28 Sep - 18:50, édité 1 fois

Александр

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Re: La Mort est mon Métier, Robert Merle.

Message  usdina le Mer 28 Sep - 14:59

Pour ma part, ce que j'ai trouvé de très intéressant dans cette oeuvre, c'est le désir de l'auteur de nous faire apprécier ce narrateur nazi, en nous racontant la rudesse de son enfance, le caractère impitoyable et austère du père branché catholique fanatique, l'impossibilité de recevoir de l'amour de sa nourrice. Cette personne semble avoir été déterminée à ne rien ressentir, à étouffer son affection, à prendre des distances avec les sentiments, pour ne faire place qu'à la "raison" et du coup, il est presque excusable d'être un monstre endoctriné, ou un indifférent. Même quand on lui dit de se marier, et qu'il dit en gros qu'il veut juste une femme docile, blonde, aryenne en somme, parce que l'idéologie a supplanté le coeur. (Comme si après Freud on pouvait excuser aujourd'hui, le pire des malades parce que son enfance a été difficile)
D'ailleurs, je vois que tu utilises l'adjectif candide, mais moi je ne l'aurais pas du tout défini comme ça. Je pense vraiment qu'il croit le chemin qu'il emprunte comme étant le bon chemin, non pas par naïveté, mais parce qu'on lui a inculqué des critères moraux et sociétaux différents du notre...non?
Ca me fait penser, cette démarche au livre qui a eu beaucoup de succès ces dernières années, les Bienveillantes de Jonathan Littell, qui est les mémoires fictives d'un ancien soldat SS, et qui dit grosso modo, en de meilleurs mots "mais attendez c'était la guerre, moi je n'y étais pour rien ! Ma famille crevait la dalle, c'était les juifs ou nous, j'ai choisi" ou au livre "Les Séquestrés d'Altona" de Sartre, qui est une pièce de théâtre, dont l'action se situe après la guerre, et où les personnages se posent la question de la culpabilité dans la mise en place du régime nazi et du Progrom. Dans la mort est mon métier, c'est une autre méthode qui est employée que l'argumentation: l'affectif. C'est pire, plus parlant peut être, pour des gens de notre génération qui n'ont pas connu cette époque. J'ai trouvé intéressant intellectuellement et moralement atroce de jouer avec nous, lecteur de cette façon, car pour ma part, à aucun moment je n'ai pu haïr ce général SS (général n'est ce pas?) même quand il débarque dans ce camps de concentration pour voir si son invention de la chambre à gaz marchait effectivement bien, et où on le voit debout, pensif, trop intellectuel, alors qu'il y a un amas de vêtements à ses pieds, et des cris désespérés dans la chambre. Je le plaignais étrangement, j'avais la pitié pour lui, et je sais pas si c'est parce que je suis une femme, mais en voyant ses agissements, je me disais entre les lignes, s'il avait eu une mère douce, de l'amour, il n'aurait pas pu être comme ça, du moins c'est ce que je voulais voir. Du coup oui, La mort est mon métier, était pour moi une sorte de tragédie, où le personnage suivait sa destinée, formaté par son passé et son époque, et dont le héros pas du tout sublime pour nous, mais sublime pour le nazisme, symbolisait pour moi plus l'injustice, l'obéissance, l'aveuglement et l'intelligence. Un paradoxe tout en uniforme en somme, qui pourrait être nous, et qui nous interpelle avec cette question : et toi comment tu serais devenu si ta vie avait été comme cela?

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Re: La Mort est mon Métier, Robert Merle.

Message  Александр le Mer 28 Sep - 19:07

Eh bien, j'ai utilisé l'adjectif "candide" car il me semble, en dépit de tout son passé, que ce dernier n'avait peut-être pas conscience de l'énormité de son acte (d'ailleurs, il me semble même qu'il en est question à la fin du bouquin ?). Je dois dire que moi aussi, je l'ai presque plaint, d'avoir été "oublié", malmené par une famille gangrénée et par une époque fertile aux débordements idéologiques. Ce qui, en revanche, me gêne beaucoup plus que tout le reste, et bien que cela puisse être le résultat de cet abandon affectif, c'est la capacité de Rudolf à se purifier, je dirai même à se repentir de ses actions, de sorte que jamais sa conscience ne viendra le tourmenter. Ça m'a beaucoup marqué, car la conscience est quelque chose que je considère comme étant primordiale, ce qui fait de quelqu'un un monstre ou une victime... peut-être est-ce un schéma trop simpliste ? Toujours est-il que j'ai moi aussi aimé (d'une manière que je qualifierai de "malsaine", au vu des faits) cette remise en question du lecteur : que feriez-vous à sa place ? Question sacrément dure, nonobstant de faire planer le doute sur la part de culpabilité du héros, c'est toute la définition du pardon, du jugement et de la compréhension que remet en question ce roman. Doit-on juger les crimes d'une personne en tenant compte du fait de sa relative innocence durant sa jeunesse ? Est-on coupable d'avoir vécu à une époque qui nous conditionne à telle conduite ? C'est un débat sous-jacent, mais qui m'a frappé dès le bouquin terminé.

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Re: La Mort est mon Métier, Robert Merle.

Message  usdina le Mer 28 Sep - 19:13

Je vais t'avouer j'ai lu le bouquin y a trois, quatre ans, et je ne me rappelle pas du tout de la fin...J'ai pas envi de faire un spoiler mais bon, au juste ça n'a pas trop d'importance, grosso modo il se passe quoi?

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Re: La Mort est mon Métier, Robert Merle.

Message  Александр le Mer 28 Sep - 20:46

Haha, je suis un peu dans le même cas que toi : cela fait au moins un an que je ne l'ai pas relu Laughing , d'où mon point d’interrogation... Je voulais le relire il y a peu, mais hélas d'autres bouquins forts passionnants sont tombés entre mes mains !
Ça nous fait un objectif commun, le relire ! Wink

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Re: La Mort est mon Métier, Robert Merle.

Message  usdina le Mer 28 Sep - 21:00

Mettons alors un marque page sur ce topic, nous y reviendrons, à moins qu'une âme charitable ne se présente pour nous donner et son avis et la fin de l'oeuvre.

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Re: La Mort est mon Métier, Robert Merle.

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